Rémi De Vos

(1963-

 

Dunkerque - France

L’intime politique
de Rémi De Vos

« L’écriture de Rémi De Vos, l’air de rien (c’est la grande force des vrais écrivains), a quelque chose d’éminemment paradoxal… Plus elle ressemble à une mécanique, plus elle est sensible. Plus elle ose la sécheresse de l’entomologiste, plus elle laisse entendre en creux, avec un respect, une tendresse incroyable, la fragilité des êtres, la maladresse de leur désir, l’infini de leur solitude. Et plus ses pièces s’enferment entre les quatre murs d’une quelconque banlieue anonyme, plus elles sont traversées par le raz de marée de l’Histoire et de la Politique. La clef du mystère ? la langue, qui est l’objet même du théâtre de De Vos, le lieu du drame. »
François Rancillac

Débrayage (1994-1996)
Et si, pour une une fois, les turbulences du monde du travail faisaient rire ? Rire à gorge déployée, rire en cascade, rire à s'étouffer... de rage ? Dans sa première pièce écrite en 1995, Rémi de Vos a osé l'impensable en campant trois personnages on ne peut plus anonymes, A, B et C. Trois lettres pour trois destins emblématiques de la dureté des temps. Dérision, non-sens, absurde se sont donnés rendez-vous dans une farce tragi-comique inoubliable où A, B et C deviennent insidieusement les véritables représentants de la vie professionnelle. Sans pathos, en riant parfois un petit peu jaune, ils nous présentent leur version de nostemps modernes, un "débrayages" salutaire très proche de la réalité.

Alpenstock (2001-2005)
Grete aime Fritz qui la protège et la rassure. fritz aime Grete qui lui aménag quotidiennement un monde d'une propreté absolue. Ils sont chacun l'alpenstock de l'autre, ce bâton-béquille indispensable aux randonneurs alpins. l'harmonie, l'hygiène et la pureté règnent dans ce couple à l'apparence si parfaite à l'unisson de leur cher pays propre et immaculé. Pourtant, un jour, la belle mécanique se grippe. grete achète un produit ménager au "marché cosmopolite" et fait entrer Yossip dans cet univers aseptisé. Yossip, le foutraque, l'étranger qui entraîne le couple dans u nouveau monde chaotique, truculent et sensuel, enfin vivant.
Toute ressemblance avec la réalité n'est que pure coïncidence. L'action se déroule dans un joli pays montagneux, réputé pour la blancheur de ses pistes de skis et l'extrême propreté de sa population. une contrée frileuse où il ne fait parfois pas bon d'être différent...
Quand le théâtre rejoint l'actualité par un étrange raccourci, dont il a souvent le secret.

Occident (2001-2005)
Dans cette dissection au scalpel des rapports d’un couple et de ce couple au monde, dans un incessant va-et-vient horriblement drôle, il y a comme un concentré de toutes les petites misères humaines, de toutes les avanies quotidiennes, de tous les renoncements mais aussi - et paradoxalement - de tous les espoirs enfouis.
Occident, c’est une bataille à la vie à la mort entre deux êtres perdus, qui se sont comme retranchés du monde policé, dans l’absolue nécessité et la pure vanité de triompher de l’autre, de ne jamais rien céder à l’autre. Sinon, ils s’écroulent ou s’en vont.
Occident, c’est un échange âpre, trivial, dérangeant parfois dans sa violence.
Occident, c’est un art du dialogue consommé, une mécanique de précision presque vaudevillesque où le rire advient brutalement, sauvagement. Puis se glace dans la gorge puis revient encore, toujours plus effrayant.
Occident, c’est aussi la peinture de la descente aux enfers d’un homme qui peu à peu glisse vers l’extrémisme, doucement, sciemment, sans jamais s’en émouvoir. Une petite suée dans le dos de nos bonnes consciences.
Dag Jeanneret.

Occident est une pièce désespérée, atroce dans sa noirceur sans retour. On doit pourtant rire, sinon ça ne marche pas. La pièce, dans ce qu’elle propose, est presque inatteignable. Elle se joue constamment sur le fil du rasoir et demande pour cela de sacrés funambules n’ayant pas peur du vide… J’ai vu une représentation d’Occident au Théâtre Gérard Philipe, à St Denis, en juin dernier. Dans une mise en scène de Dag Jeanneret. Il s’agissait d’un travail en cours, d’un «chantier », puisque la création est prévue en octobre de cette année. Et bien je ne croyais pas ce que je voyais ! Philippe Hottier et Stéphanie Marc étaient tout simplement incroyables et la mise en scène de Dag Jeanneret déjà d’une précision diabolique. La pesanteur et la grâce, l’amour devenu fou, la drôlerie cruelle, l’envie d’en finir, tout était là… Cela fait quinze ans que j’écris, il est très rare pour moi de voir porter à la scène un de mes textes avec autant de force. Un choc, vraiment. Rémi De Vos.

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