JUIN 2013

« Si tu joues chaque scène, tu auras servi la pièce.
Si tu essaies de traîner ta connaissance de la pièce de scène en scène,
tu enlèves toute valeur au dessein du dramaturge et annules tes chances de réussir scène par scène.
Le boxeur doit combattre un round à la fois ; on laisse le combat se dérouler comme il se doit.
Le boxeur entre sur le ring avec une idée simple, puis il se bat dans l'instant. Toi aussi.
L'unité d'application correcte est la scène. »
David Mamet
   
Théâtre Carlotta Ikeda / Medea
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    Texte de Falk Richter - article

    La Performance filmique

  • « La performance filmique est une forme théâtrale, performative et cinématographique.
  • La performance filmique doit être tournée, montée et réalisée en temps réel, sous les yeux du public.
  • La musique et le son doivent être mixés en temps réel.
  • La performance filmique peut se tourner en décors naturels ou sur un plateau de théâtre, de tournage.
  • La performance filmique doit être issue d’un texte théâtral ou d’une adaptation libre d’un texte théâtral.
  • Uniquement utilisés pour des raisons pratiques à la performance filmique, les images préenregistrées ne doivent pas dépasser cinq minutes.
  • Le temps du film correspond au temps du tournage. »

 

 

Les artistes aussi sont mortels...

On apprend la mort brutale (crise cardiaque dans la fleur de l’âge) de l’acteur et metteur en scène Anton Kouznetsov.
Avec son regard clair, son enthousiasme jamais émoussé au fil des années et des épreuves, son appétit d’aventures jamais rassasié, Anton était l’une des nobles figures qui contribua à écrire de belles pages du théâtre, entre son pays, la Russie, et sa patrie d’adoption, la France.
On l’avait vu pour la première fois sur la scène du Théâtre Maly de Saint-Pétersbourg dans le spectacle qui incarna, plus que tout autre, le renouveau du théâtre russe : Gaudeamus. Dans cette adaptation libre (le spectacle était passé par beaucoup d’improvisations) d’un roman contemporain, Lev Dodine allait se faire connaître du monde entier, à commencer par la France.
Anton Kouznetsov était l’un des jeunes acteurs du spectacle, mais tous étaient jeunes, plein de talent et d’allant, chantant, dansant, faisant les cent coups, dénonçant au passage et avec une ironie trempée dans le music-hall, les travers d’un pays dur et chaleureux à la fois, infect et sublime, une Russie qui sortait non sans mal de la gangue du soviétisme bien plus épaisse que l’on ne pensait, et de la guerre en Afghanistan. C’était au tout début des années 90, avant la Tchétchénie, avant Poutine.

L’amour de la France et du théâtre français

Après avoir suivi le cursus du Conservatoire de Saratov, sa ville natale, l’une des grandes villes de la Volga et vieille cité mythique du théâtre russe, en 1989, Anton était entré à L’Académie National de théâtre de Saint-Pétersbourg, dans la classe de Lev Dodine, comme élève acteur et élève metteur en scène. Une rude et formidable école.
La tournée mondiale de Gaudeamus allait infléchir le destin d’Anton. En France, ce bel affectif trouve amour et amitiés. Il s’attarde. Très vite il parlera notre langue avec une pointe d’accent qui la faisait chanter. Le voici au milieu des années 90 assistant de Lluis Pasqual puis de Georges Lavaudant à l’Odéon. Il crée une compagnie au beau nom de Babel, dit vouloir vivre entre la France et la Russie, de créer un pont entre les deux théâtres.
C’est alors qu’on lui fait une incroyable proposition : devenir directeur artistique du théâtre dramatique de Saratov. Ce qui veut dire reprendre la tête d’une institution fatiguée avec une troupe vieillissante. Ce qui veut dire aussi avoir entre les mains un outil formidable : ateliers de décors, de costumes et bottier attachés au théâtre, répertoire à enrichir de créations nouvelles, troupe permanente d’une bonne trentaine d’acteurs, vieux mais beau bâtiment. Il hésite un peu, très peu : l’enfant prodige revient dans sa ville natale.
Il relève les manches, se dépense sans compter, renouvelle la troupe en ouvrant bientôt une école, réalise ce rêve de pont qu’il évoquait en invitant des spectacles et des artistes français à Saratov. Cette belle histoire dure de 1998 à 2005, quelques années bénies par les dieux du théâtre où Anton monte de beaux spectacles comme Le Concours d’Alexandre Galine, Splendid’s de
Jean Genet, Ici les aubes sont plus douces de Boris Vassiliev.

Retour à Saratov et fuite en France

Mais c’était trop beau pour durer. Jalousie, intrigues, bisbilles politiques : on veut sa peau, sa place. Il résiste. Il organise une manifestation dans les rues de Saratov, du jamais vu. Le pouvoir russe, les magnats, les gros bras n’aiment pas les esprits indépendants, les artistes non soumis. On lui fait passer des messages de menaces de mort via sa mère qui vit à Saratov. Anton comprend que sa vie et celle des siens est en danger : il gagne Moscou puis la France. Son théâtre est fermé, son école dissoute. Quel gâchis.
Anton refait sa vie en France. Il cofonde la compagnie Oui-Da (c’est tout dire) avec Philipe Suberbie. Pédagogue né, il enseigne dans plusieurs écoles françaises de théâtre jusqu’à être nommé responsable pédagogique de l’Académie-Ecole professionnelle supérieure de théâtre du Limousin, à Limoges en mars 2009.
Le pont qu’il avait jeté entre la Russie et la France reste debout, vaillant, vibrant : récemment, une jambe dans le plâtre (suite à un accident de scoot) il avait emmené ses élèves en Russie, et avec la compagnie Oui-Da il n’avait cessé ces dernières années de monter en français des textes de grands russes :
Pouchkine, Babel, Tchekhov, Nabokov. Et d’abord Gogol.
En 2010, sa mise en scène des Ames mortes jouée par trois acteurs, connut un légitime et unanime succès, partout en France. Un spectacle qu’il avait créé à la MC93 de Bobigny, une maison où il était comme chez lui, l’amitié qu’il entretenait avec le directeur Patrick Sommier datant de leur rencontre lors des années Gaudemaus.

Article du 11.06.2013, de Jean-Pierre Thibaudat dans Théâtre et Balagan

 
Représentation d'après La Mouette de Tchekhov avec des étudiants à l'Université de Toulouse-Le Mirail

   
Pina...
Chanson



   
Incontournable E la nave va


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