Vladimir Vladimirovitch Maïakovski

(1893-1930)

né le 7 juillet / 19 juillet 1893 à Bagdadi, aujourd'hui en Géorgie

décédé le 14 avril 1930 à Moscou

vers site

 

 

 

 

 

Dans sa jeunesse, il se rasait la tête à zéro. En effet le père de Maïakovski est décédé suite à un sepsis après s’être piqué un doigt avec une aiguille. Le petit Vladimir était si choqué par cette mort, qu’il a été atteint par la mysophobie, peur maladive d’être contaminé par des microbes.

Ajoutez à cela l’épidémie de typhus qui a ravagé la Russie entre 1917 et 1921, et vous aurez donc l’explication de la coiffure du poète et de son obsession par l’hygiène. Toutefois, indépendamment de ses motifs personnels, la tête rasée du poète a été associée par le public au radicalisme des avant-gardistes russes.

août 1913
A propos de la pièce
Vladimir Maïakovski : Malevitch à Matiouchine : "Maïakovski est en train de monter un drame qui procurera de grandes joies. Il résout à merveille tous les problèmes qui se présentent à nous."

Poésie : « Vers sur le passeport Soviétique »

Je dévorerais la bureaucratie comme un loup,
je n’ai pas le respect des mandats,
et j’envoie à tous les diables paître
tous les « papiers ».

Mais celui-là...
Longeant le front des compartiments et cabines,
un fonctionnaire bien poli s’avance.
Chacun tend son passeport, et moi je donne
mon petit carnet écarlate.
Pour certains passeports on a le sourire,
d’autres on cracherait dessus.
Au respect ont droit, par exemple,
les passeports avec lion anglais à deux places.
Mangeant des yeux le brave monsieur,
faisant saluts et courbettes,
on prend comme on prend un pourboire,
le passeport d’un Américain.
Pour le Polonais on a le regard
de la chèvre devant l’affiche.
Pour le Polonais le front est plissé
dans une policière éléphanterie
d’où cela sort-il et quelles sont ces
innovations en géographie ?
Mais c’est sans tourner le chou de la tête,
c’est sans éprouver d’émotions fortes
qu’on reçoit les papiers danois
et les suédois de diverses sortes.
Soudain, comme léchée par le feu,
la bouche du monsieur se tord.
Monsieur le fonctionnaire
a touché la pourpre de mon passeport
 
Il le touche comme une bombe,
il le touche comme un hérisson,
comme un rasoir à deux tranchants,
il le touche comme un serpent à sonnettes,
à vingt dards, à deux mètres de longueur et plus.
Complice a cligné le regard du porteur,
qui est prêt à porter vos bagages pour rien.
Le gendarme contemple le flic,
le flic le gendarme.
Avec quelle volupté la caste policière
m’aurait fouetté, crucifié,
parce que j’ai dans mes mains,
porteur de faucille,
porteur de marteau,
le passeport soviétique.
Je dévorerais la bureaucratie comme un loup,
je n’ai pas le respect des mandats,
et j’envoie à tous les diables paître
tous les « papiers », mais celui-là...
Je tirerai de mes poches profondes
l’attestation d’un vaste viatique.
Lisez bien, enviez
je suis
un citoyen
de l’Union Soviétique.
(1929)

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