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Emmanuel Darley (1963-2016) à Paris, le 30 décembre Décédé le 25 janvier 2016, à Saint-Nazaire (France) |
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Flexible Hop Hop extrait du journal en ligne d'Emmanuel Darley : http://emmanueldarley.9online.fr/ Donc, aujourd'hui, 24 septembre : 10 décembre : Reçu ce matin directement d'Argentine, quelques photos des représentations de Pas Bouger (No Mover) à Buenos Aires...
Lettre de Jean-Marc Bourg, fermeture de la compagnie Labyrinthes : http://labyrinthes.9online.fr/fermer.html Un départ sans retour Hier, la mort d’Emmanuel Darley nous a laissés sans voix. Comment dire ce sentiment de perte et de vide qui nous a submergés ? Tant de choses restaient à faire avec lui, tant de projets à venir sont devenus des désirs inaccomplis. On nous demande souvent (surtout nos financeurs…) quel est le « résultat » d’une résidence. Dans le cas d’Emmanuel Darley, il est immense. Bien sûr, on pourrait parler des rencontres publiques qu’il a menées, avec nous, avec le théâtre de la Minoterie-Joliette, avec les participants de l’atelier d’écriture « en balade » proposé par les Ateliers de découverte urbaine Euroméditerranée, avec les détenus des Baumettes dans le cadre des ateliers de Lieux Fictifs… On pourrait parler des textes qu’il a écrits sur son blog et sur le nôtre, de son intervention à la radio, des nombreuses rencontres informelles avec certains artistes, du chorégraphe Georges Appaix au photographe Franck Pourcel. De l’invitation faite à Philippe Malone, autre écrivain de théâtre et pratiquant comme lui la photo, à partager un temps son séjour, nous donnant l’idée de créer à partir de là un « fil rouge » reliant certains résidants directement à l’un de leurs prédécesseurs. On pourrait aussi évoquer ses retours à Marseille, après sa résidence, pour présenter d’autres travaux théâtraux, mais aussi pour entamer avec nous, à partir des matériaux recueillis durant son séjour, une réflexion sur un livre qu’il imaginait d’une forme nouvelle, multiple, rassemblant textes, images son et vidéo, récits, témoignages, fictions, paroles théâtrales et poésie. Il avait le souhait de « faire d’un projet global une somme de projets ». Il avait aussi l'envie d’en faire une œuvre collective, c’était l’objet d’un de ses tout derniers messages. Ce « livre » n’existera désormais que dans nos têtes, il faudra l’inventer. Ou il faudra qu’un autre écrivain s’empare de cette ambition, poursuive à sa manière ces espaces à peine explorés, ces projets en suspens. Mais ce qui nous a marqués, et qui nous manquera, c’est sa présence forte mais discrète, tout comme sa parole, hachée de silences. Ses phrases, à la limite du chuchotement, mais marquées souvent par un humour mêlant la satire au burlesque, et révélant un regard acéré. C’est cette amitié entre nous, construite de longue date, à peine avouée il faut dire, mais fidèle. Nos premières rencontres ont eu lieu en 1993 à la librairie Tschann à Paris. Nous échangions sur les livres, lui jeune libraire, moi représentant en édition, tout en plaisantant, avec néanmoins beaucoup de respect, des douces folies et saines colères de la vénérable Marie-Madeleine Tschann, toujours présente en ces murs bien qu’elle n’en soit déjà plus officiellement la propriétaire. Ce fut ensuite de lointains échanges, jusqu’à la parution de son premier livre chez P.O.L. où je l’ai découvert écrivain. Les suivants nous donnèrent enfin l’occasion de nous revoir de nombreuses années après, pour des rencontres publiques, tissant un nouveau mode d’échanges marqués toujours par la littérature, et aboutir à cette proposition de résidence de création à La Marelle. J’avais la ferme intention de publier ce livre hybride et collectif. Il y aurait été à son aise, dans cet espace créé au milieu des autres, au milieu de la ville, observant, écrivant, imaginant un autre monde… Pascal Jourdana, directeur de La Marelle « Atelier de rêves urbains » On se retrouve à la Minoterie. Vous êtes nombreux. Je vous regarde de loin discret. J’aime bien faire ça avant les ateliers. Regarder les gens qui viennent avec moi écrire. Emmanuel Darley Texte écrit pour « Carnets de résidence », le blog des auteurs de La Marelle, publié le 15 juin 2014 à l’occasion d’un atelier mené en partenariat avec le Théâtre Joliette-Minoterie et les Ateliers de découverte urbaine Euroméditerranée. |
Emmanuel, Ce qu’écrit Jean-Marc c’est ce que j’ai analysé il y a plus de 10 ans déjà et je m’étais retiré du jeu. Je n’avais pas eu le privilège d’obtenir de résidences ni quoi que ce soit et c’est lorsque les fruits auraient pu être récoltés que je suis parti. Manque de persévérance ? Qui juge ? Tous les 3 mois, comme pour une hygiène mentale, je me dis que je vais de nouveau arrêter, parce que c’est trop dur ! Quels gémissements intempestifs ! Pour toutes les raisons qu’invoquent Jean-Marc – et je ne les connais pas – mais ce refus-là m’inspire un grand respect. Tel Rabelais dans les guerres Piccrocoles (orthographe ?) qui expliquait qu’on n’accule pas son ennemi jusqu’au bout, on lui préserve sa dignité… Aujourd’hui, c’est l’abattage ! Après le gavage, le dressage et le tapage, c’est l’abattage ! L’exécution ! Et ce qu’il y a de fort c’est que c’est nous-mêmes aujourd’hui qui jouons les différents rôles : bourreaux et suppliciés ! [Nous allons finir par nous terroriser nous-mêmes ! Vive la métamorphose ! Kafka avait tout vu déjà. Trêves de bavardage, quoique ça me ferait bien plaisir avec des personnes de qualité - j’aspire à un nouveau XVIIIème s. aristocratique - où la conversation elle-même était un art… Jean-Marc Bourg ferme la boutique donc pour retrouver l’art. Craig avait stoppé son activité théâtrale pour réfléchir dessus aussi. Nous devons sûrement passer tous par là puisque nous vivons trop longtemps maintenant. Nous ne pouvons pas nous contenter d’une ou deux actions… Mozart est mort à 37 ans ! A quel rythme ! Aujourd’hui il faut tenir le plus longtemps possible la bouche ouverte sans respirer et parcourir - mieux que Marathon - plusieurs années lumière à une vitesse intersidérale, inimaginable. Sélection antinaturelle ! Sa décision, cette non résignation, me touche dans le sens qu’elle stigmatise un échec d’un projet de société. A l’époque je parlais du cynisme de ceux d’en haut et puis je suis revenu sur cette idée en songeant que ça ne pouvait pas, non, quand même pas, j’ai parié de nouveau sur l’intelligence et je me suis replongé aussi… Alors ce qu’écrit Jean-Marc, en imaginant que je n’aurais pas fait mieux que lui, que, connaissant d’autres structures en difficulté, ou même d’autres qui ont abdiqué ou qui continue à résister - mais avec tellement de névroses accumulées… - est assez alarmant, je voulais écrire « très grave », mais je ne voudrait pas dramatiser non plus, y a toujours plus grave que ça ! Aujourd’hui, si je continue – pour l’instant – c’est parce qu’une image me hante : lorsque j’étais en mission en Afrique je me suis retrouvé à me pencher sur un bébé de 6 mois enveloppé dans une couverture. Sa mère, le visage légèrement baissé, pleurait. J’ai regardé cet enfant mort pendant plusieurs secondes – minutes ? – puis je me suis retourné vers sa mère en larmes. Je ne savais pas quoi dire. Héritier de Voltaire, des encyclopédistes etc… Que pouvais-je dire ? J’étais impuissant. Je suis chargé de la programmation du Théâtre de La Vidalbade (à distinguer de la structure Fi Théâtre, ce ne sont pas les mêmes personnes) Marie Rouanet va sans doute venir présenter un spectacle accompagnée de son mari. Donc un lieu y en a un : quand il fait beau… pour le reste… suspens !! Merci de ta présence e-mail adressé à Emmanuel Darlet en décembre 2006 |