Florence Dupont

(19.. -

France

Un des ces ouvrages : Homère et Dallas : Introduction à une critique anthropologique, Hachette, 1991.

 

Aristote ou le vampire du théâtre occidental, Aubier, 2007.

Le latin est une langue casuelle tandis que la langue française ne l'est pas. Cela permet à la langue latine de déplacer librement les mots dans la phrase puisque leur fonction est indiquée par leur désinence casuelle plutôt que par leur place. Le système casuel permet aussi des ambiguïtés que n'offre pas les systèmes prépositionnels : certains cas ont la même forme, et un cas peut noter plusieurs fonctions. Cette polysémie (pluralité de sens) morphologique et syntaxique a été systématiquement utilise par les poètes latins qui, dans ce but, éliminent les prépositions pouvant rétablir une monosémie.
Les textes latins ne possèdent pas de ponctuation car il n'étaient pas fait pour une lecture silencieuse.

Florence Dupont, dans ses traductions, choisit d'expliciter ces polysémies, de transcrire les rapprochements sémantiques, et donc, de ne pas garder la concision du texte latin qui lui semble davantage un effet de langue qu'un effet d'écriture.
Le texte français suit le texte latin lorsqu'il n'indique aucune interrogation, ni exclamation - cependant elle use de l'alinéa, proposant ainsi des unités de son et de souffle, vers ou strophe. Ainsi, la fin d'un vers est une ponctuation que le lecteur peut moduler au gré de son interprétation. Les quelques signes de ponctuation utilisés sont là pour soutenir la continuité de la lecture et éviter des ambiguïtés inopportunes.
Les unités prosodiques ont été repérées non en fonction de la métrique mais de ce que les Romains appelaient le rythme, numerus, qui associe le son et le sens afin de constituer des séquences prononcées dans une seule émission de voix. Ces séquences sont construites à partir de figures rhétoriques dites gorgiennes. La disposition du texte français en "strophes" tente de faire apparaître ce découpage. Les parties lyriques sont distinguées par une disposition centrée des vers.
Elle choisit de transposer certains termes : au lieu de "lions de Gétulie", "les lions du Rif" ; au lieu de "l'Ister", "le Danube" ; au lieu de "les Garamantes", "les Touareg".
Le mélange des tons est présent dans le texte de Sénèque où l'on trouve mêlés l'horrible et le bouffon.

Le danger des contresens
Le mot virgo désigne une jeune fille qui n'est pas mariée certes mais sans la connotation sexuelle que notre civilisation y attache. Les Romains marient leurs filles très jeunes et une virgo a entre dix et quatorze ans, ce qui fait de la virgo une fillette attendrissante et vulnérable, bien souvent impubère et non une pupeuse chrétienne de peplum, dont la virginité est convoitée par des centurions païens et brutaux. C'est pourquoi, Florence Dupont traduit virgo par "petite fille". Ainsi Hippolyte dans Phèdre s'adresse à Diane en l'appelant Diva virago. Le terme virago, rarement employé ailleurs, est ici un mot-valise, qui condense vir, l'homme, et virgo. De fait Diane est une déese non mariée et virile parce qu'elle chasse sur des terres sauvages où les hommes ne vivent pas, où la distinction sexuelle qu'introduit la civilisation par le mariage est inconnue. Florence Dupont traduit donc : "Déesse virile, Déesse des terres vierges".

Genitor signifie "celui qui a engendré" et on le traduit généralement par "père", mais ce n'est pas un doublet de pater. Le pater familias est le père social, le genitor est le père naturel. Thyeste est appelé genitor par ses fils qui lui reprochent de n'être que leur père naturel et de les avoir privés de leur héritage royal. Il arrive aussi qu'il n'y ait pas en français de mot équivalent à un terme latin.

retour