Leopold Soulerjitski

(1872-1916)

 

Fermier, peintre, écrivain, marin et prisonnier politique avant de rejoindre le Théâtre d'Art.

Apprenti - avant même d'avoir terminé ses études - chez le peintre Vaznetsov qui réalisait les fresques de la cathédrale Vladimir à Kiev, puis entra dans une école de beaux-arts à Moscou, seulement il sera renvoyé la dernière année pour raison politique. Deviendra disciple de Tolstoï, puis condamné à la relégation pour avoir refusé de prêter serment par conviction religieuse, au service militaire. En forteresse pendant 18 mois en Asie centrale, navigue deux ans sur la mer Noire, allant au Japon, en Chine et en Inde.

A la demande de Tolstoï, à l'hiver 1898, il accepte d'aider les Doukhobors - "défenseurs de l'esprit" : groupe religieux pacifiste persécuté par les autorités - à s'installer au Canada .

1905 : travaille pour différents partis politique sans appartenir à aucun. Commence son compagnonnage avec le Théâtre d'Art.

Assistant de Stanislavski pour la mise en scène de l'Oiseau bleu, du Drame de la vie puis de Hamlet, projet dans lequel "Souler" sert d'interprète et d'intermédiaire entre Stanislavski et Craig.

Avec les jeunes acteurs ce n'était pas Stanislavski qui travaillait d'ordinaire mais quelqu'un de ses fidèles collaborateurs. Lorsque le premier rôle d'une des pièces d'Andréiev fut donné à Mguébrov, on confia ce dernier au plus fanatique des partisans de Stanislavski, le régisseur Soulerjitski. [Histoire du théâtre russe de Nicolas Evreïnov.] Mgébrov, acteur promoteur du Théâtre héroïque de Léningrad, témoigne de son séjour, en qualité d'élève au Théâtre artistique de Moscou, dans son ouvrage la Vie au théâtre : "Lorsqu'on m'eut solennellement annoncé la chose, je me mis avec ardeur à étudier mon rôle et, tout seul, j'en créai dans mon imagition une image bien définie... Lorsque Soulerjitski me convoqua pour travailler sur la scène de velours, j'y arrivais en état de transe... Cependant, à ma première entrée, Soulerjitski mit tranquillement fin à ma fièvre en me criant : "Sortez" ! Je revins encore et, de nouveau, "Sortez" ! Et ainsi de suite cinq ou six fois. "Que me voulez-vous donc ? criai-je enfin, vous tuez ainsi tout mon nerf ! - Ah ! oui, dit en riant Soulerjitski, eh bien ! c'est justement ce qu'il faut, il me faut que votre nerf se calme, car il est trop fort"... Je fus très dépité, mais je décidai cependant de cntinuer à jouer avec mon feu intérieur, car j'estimais important de montrer l'image que j'avais composée de mon rôle. Mais Soulerjitski me renvya encore une fois, en disant que je devais faire ce qu'il voulait et non ce qui me paraissait nécessaire. Fort bien, pensai-je avec dépit, et je fis une rentrée absolument mécanique pour la huitième et neuvième fois. "Bien, me dit Soulerjitski, maintenant je puis commencer à travailler avec vous"... Il se mit à m'expliquer que lorsque quelqu'un entre pour la première fois quelque part, il jette d'abord un regard de tous les côtés, puis se met à parler. Mais où donc est ma concentration mystique, pensais-je, mon introspection profonde, l'air distrait que j'ai imaginé ? Non, je ne lui céderai pas là-dessus, qu'il me retire plutôt le rôle. Je résolus de ne pas me rendre. Lorsqu'il me redemanda d'entrer, je le fis tout à fait mécaniquement et, exprès, je m'arrêtai au milieu de la scène comme fiché en terre. "Pourquoi ne regardez-vous pas autour de vous ?" cria Soulerjitski énervé. "Où donc regarder" ? demandai-je avec une ironie tranquille. "Tournez la tête à droite", répondit-il d'une voix toute mécontente. Je tournais la tête d'une façon toute mécanique. "Pas comme ça, plus naturellement". Me tenant à peine de rire, je me mis à faire semblant de tourner la tête avec naturel. "Bien, maitnenat à gauche", poursuivait toujours Soulerjitski. De nouveau, je fis un mouvement mécanique. "Pas comme ça", cria-t-il de plus en plus furieux. Mais toute cette scène m'avait aussi agité et mes nerfs étaient tendus à l'extême. Aussi cessai-je de prendre même un air naturel et je fis des mouvements plus mécaniques encore, comme pour souligner l'ineptie de ce qu'on exigeait de moi, je tournais la tête tantôt à droite tantôt à gauche, comme un soldat à l'exercice. Alors Soulerjitski n'y tint plus, frappa d'un coup de canne sur la table et alla se plaindre de moi à Stanislavski."

Stanislavski fonde en 1913, le Premier Studio du Théâtre d’Art de Moscou dont il confie la direction à son ami Léopold Soulerjitski, personnalité atypique, touche-à-tout original, qui anime les débuts du Premier Studio. Le but est d’expérimenter et de mettre en oeuvre le Système de Stanislavski. Il s’agit de pédagogie, mais aussi d’expérimentation, de création. Les participants du premier studio sont comédiens, mais aussi metteurs en scène. Ils jouent et mettent en scène des études, puis des spectacles entiers. Il y a parmi ses membres des personnalités de premier plan comme E. Vakhtangov et M. Tchekhov, metteurs en scène et acteurs, ils renouvelleront la scène russe et internationale dans les années vingt.

Ce Premier Studio prendra plus tard le nom de Second Théâtre Artistique.

Premier Studio
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