Le roi Lear (1605/1606) de William Shakespeare (1564-1616) |
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Lear, ou la recherche de la base et du sommet André Engel songeait depuis des années à tenter l’expérience Lear, à scruter de plus près l’affolement de cette balance que nulle justice ne maintient plus entre ses mains, à en suivre les oscillations jusqu’à l’ultime point de rupture. Après Büchner, après Horváth, Engel retrouve donc l’Odéon (où il jouira désormais d’un statut d’artiste associé) pour interroger et adapter Shakespeare à sa façon. L’essentiel de la distribution s’appuie sur le noyau de comédiens qui fit du Jugement dernier un triomphe public et critique ; quant au rôle-titre, il est confié à Michel Piccoli. Daniel Loayza, extrait de la postface au Roi Lear, éd. A Propos, 2003 Shakespeare s’est inspiré d’une chronique qui situait le règne de Lear bien avant la naissance du Christ. Mais André Engel et son dramaturge Dominique Muller ne souhaitaient pas inscrire la pièce, après tant d’autres metteurs en scène, dans un cadre barbare et plus ou moins préhistorique. Pour se frayer une voie vers les sommets de ce massif mythique, ils ont suivi une autre de ses lignes de crête, plus rarement explorée : celle d’un réalisme aigu, vif et sensible tout à la fois, qui n’est pas pour autant dépourvu d’ironie, tant il est vrai que l’art du montage et de la coupe tel qu’il est ici pratiqué relève d’un cinéma chirurgical. Tout commence donc par un rigoureux recadrage, qui rend à Lear une vigueur et une fraîcheur inattendues. Il suffit en effet d’entrer dans la salle et d’y découvrir le dispositif conçu par Nicky Rieti et André Engel pour comprendre qu’il faudra faire ici son deuil d’un certain souverain des légendes, grand fauve folklorique susceptible d’être apprécié à bonne distance et sans danger dans la cage où le confinent les habitudes dramatiques. Sa nouvelle identité, à déchiffrer en transparence, s’inscrit en lettres géantes sur les vitres dépolies d’un immense hangar : toujours patriarche, le voici désormais chef d’entreprise, à la tête d’un empire plutôt que d’un royaume. La scène de Berthier ne cherche ni à se faire oublier, ni à s’afficher comme telle. Dans les plans de Rieti, l’entrepôt dessiné par Charles Garnier a tout bonnement été ramené à sa fonction première, au point qu’entre ce qui revient au décor et ce qui appartient au bâtiment, un regard non prévenu pourrait hésiter à faire la distinction. Du coup, Lear s’est rapproché. Ses épreuves, sa passion, se déroulent dans un espace «réel» et moderne dont nous sommes presque partie prenante et non simples témoins à l’écart. Et le brouillard qui en assiège les portes n’est plus tout à fait la brume trop commode où noyer les lointains de l’Histoire. Extrait du programme du spectacle – janvier 2006 voir aussi : article Allerkamp Andrea et Mathieu Michel (2007). "Le Roi Lear, une autopsie vitale (entretien)". Les Cahiers de La Licorne, Les Cahiers Shakespeare en devenir, Cahiers n°1 .
Les 7 Lears Le Roi Lear de Shakespeare est une tragédie de famille, avec une singulière absence. Dans le Roi Lear, la Mère n'existe pas. On en parle à peine, même au plus profond de la rage ou de la pitié. Elle a donc été expurgée de la mémoire. Cette suppression ne peut être interprétée que comme un refoulement. Elle fut donc l'objet d'une haine injuste. Cette haine était partagée entre Lear et ses filles. Cette haine, bien qu'injuste, était peut-être nécessaire. Les sept vies du roi Lear avant son apparition dans la pièce de Shakespeare. La pièce peut-être la plus philosophique et la plus poétique de Howard Barker. |