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Le Théâtre de l'Hyménée présente « RICTUS » jeu, Antoine Chapelot |
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Godot déraille, Rictus dérouille Démocratie
En septembre 1996, les C.R.S. « vidaient » l’église St Bernard à Paris, des femmes, enfants, hommes et vieillards qui y avaient trouvé refuge. J’avais honte d’être français. Il y a peu, « on » a « nettoyé » la Jungle de Calais, des hommes, d’autres hommes, au sens générique… sans compter les nombreux karchers dont on entend à peine parler si ce n’est pour apprendre qu’une telle s’est défenestrée à l’arrivée de la police. Pierre Brossolette aussi, face à la gestapo, se jeta de la fenêtre d’un 4ème étage, pour ne pas trahir les siens. Quels témoignages, quels poèmes écrivent-ils ? Quels écrits laisseront-ils plus tard ? Quelle(s) mémoire(s) enrichissent-ils de leur supplice (sacrifice ?) d’exilés, de déplacés (aussi (1)) ? Humains produits d’immigration, consommation impudique médiatisée, ère des images ostentatoires, fierté paupérisée insensibilisée… Est-ce stratégique de rendre les mémoires éphémères (2) ? A l’instar d’un Wajdi Mouawad reconnu, combien sont-ils, d’hères oubliés, encore anonymes, peut-être disparus ? Quels textes laisseront-ils d’eux-mêmes ? Quelles écritures resteront-elles d’elles-mêmes ? Que nos enfants n’auront-ils de cesse de contempler l’indigence et l’inconséquence en héritage, fruit des guerres larvées. Qu’est-ce qui fait qu’on tient, morbleu (!), face à une telle détresse ? Ce spectacle – ma participation à cette création – s’inscrit en témoignage de ma douleur, et de ma honte, et de mon engagement artistique comme politique, et résistant – résident du Royaume de France – en opposition à la malédiction ambiante. Notre Rictus ressemble à Queequeg dans Moby Dick, le compagnon d’Ishmaël, à l’idole intime – talisman d’onagre – définissant le lien et l’espace – religieux (du latin religare) – d’une appartenance, c’est-à-dire ici, à l’humanité. Une complicité pour mieux mesurer son chagrin. Ce Rictus est une chimère : mi-homme, mi-bête, un monstre échappé de je-ne-sais-quelle mythologie – masque tombé des routines consciencieuses – mi-résigné, mi-provocateur, mi-désemparé, mi-inspiré… Mi-ange, mi-démon, Jekyll et Hyde, peut-être. Mi-dieu, mi-animal : moi-peau incontestable, le comédien-caméléon rampe, glisse et vole, métaphore du chemin de croix, mi-fou, mi-génial, la résonnance est certaine en chacun : sans restriction, Rictus est en nous, constitutif – inflexion – instinctif : fonction d’adaptation. Michaël Therrat, le 28/11/2009 (1) Cf. Les Conventions de Genève qui déterminent si l’on franchit une frontière ou non ; (2) Les Ephémères, dernier spectacle du Théâtre du Soleil, mis en scène par Ariane Mnouchkine. La fêlure Dans l’immobilité, le silence impalpable, Il y a des gens autour, je les sens qui respirent Cela fait très longtemps que je survis. C’est drôle. Tu sais je l’ai compris dès la première seconde, Michel Houellebecq, « La fêlure » in La Poursuite du bonheur |
Notes, du 20 février 2009, du 20 mai 2009, du 17 novembre 2009 & articles de presse /2009 + lien Hervé Courtain |