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Le Théâtre de l'Hyménée présente « RICTUS » jeu, Antoine Chapelot |
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Résidence de gueux pour RICTUS En abordant la prochaine création du Théâtre de l'Hyménée – je parle de création comme d'une exploration, à l'instar d'un voyage à la Bougainville, à la découverte de territoires peu connus, ou tout à fait ignorés, à la recherche de nouveaux savoirs, dans un esprit scientifique et philosophique – nous avons déterminé trois périodes qui correspondent pour autant, à trois étapes de progression. Ainsi mes premières rencontres avec Antoine
Chapelot, le comédien, s'apparentaient à de la recherche A partir de l'articulation, de la compréhension des mots, de leurs sens cachés, de l'action qu'ils suggéraient, des gestes sont nés, plusieurs voix, des cris, des rires. Son faciès a bientôt été marqué par une grimace, celle qu'on fait lorsqu'on ingurgite quelque chose qui répugne, ou bien de celle que les hémiplégiques (cf. Pancho Villa) ne peuvent se débarrasser - entre sourires et larmes - comme un RICTUS. La pauvreté – devenue obsession – s'est stigmatisée sur le visage du comédien.
Tout aventure de création implique du temps. Chercher, "essayer des choses", "bidouiller", rien n'est donné à l'avance, tout est obstacle ; les confrontations sont multiples ; pour s'en sortir, deux éléments seulement : le Désir et la confiance. En création, si l'un vient à manquer, la déstabilisation s'installe et le mouvement devient boiteux. La création artistique possède ses contraintes, qui, d'une façon tout à fait artificielle, nous impose d'inventer, de trouver, justement, l'art du boitillement, de la syncope, du spasme : espace de liberté conditionnée par une évolution boostée, condensée, intensifiée. La répétition publique du jeudi 7 mai 2009 clôtura cette première période suite à la résidence de création à l'Espace Culturel des Corbières (Ferrals, 11220) cf. articles. Une parole à distance / de / en résistance Noir profond. Du son, des sons. Des étincelles. Une grille frappée par une pierre. Premières perceptions. La sensorialité convoquée comme un rappel de – ou à – soi. Apprivoisement brut. La pauvreté synonyme d’accidentel. La lumière, comme une aube discrète, désigne le lieu d’où choira soudain un corps. Un fœtus, mi-homme mi-bête, une chimère apocalyptique, annonciatrice (?), gît bientôt là. Lentement la tête se redresse, regarde, observe. La grille demeure suspendue irrémédiablement. L’univers sonore précède ainsi la vision. Le personnage semble apparu de nulle part, comme tomber des cintres invisibles, de l’ombre opaque et imperméable : la voix perce le faux silence habité des sons quasi inaudibles et pourtant insistants de Jean-Christophe Camps. Le comédien évolue sur un plateau circulaire de revêtement noir, surélevé de 50 cm et de six mètres de diamètre ; espace symbolique aux multiples signifiés, à la fois décharge, bord de monde ou île anti-utopique, lieu imaginaire, marginal, non identifié, entre parenthèses, espèce d’Epoché invitant à suspendre ses jugements. Les impressions et les perceptions sont accentuées par le cyclo blanc sur lequel se reflètent les lumières aux tons froids ou chauds de Ronan Fablet, créant un univers dense et homogène. Dans la deuxième partie, qui correspondra à notre deuxième étape de travail, le revêtement du plateau circulaire sera blanc, comme le cyclo, permettant ainsi des projections. De sous le plateau des projecteurs éclaireront en contre-plongée Rictus dans son évolution, ou involution.
Un théâtre du corps et des images qui préparent l’avènement du texte porté par la sensibilité du jeu tout en nuance ; un théâtre où est convoqué le corps-même du spectateur, spectateur qui devient, à son tour, passeur de sens. Le théâtre comme acte de connaissance, espace du véritable, de la vérité de l’illusion – du factice – muée en savoir, où chacun peut se reconnaître dans toute son authenticité. Michaël Therrat, le 20/05/2009 (1) Luc Boucris, L'Espace en scène, Paris, Librairie théâtrale, 1993, p.275. ; (2) Jehan-Rictus, « Les Masons », in Les Soliloques du Pauvre [basé sur l’édition de 1903], Paris, Éditions Blusson, [2007] ; (3) Hannah Arendt, La Condition de l'Homme moderne, (p.211), cité par Julia Kristeva, Le Génie féminin. Hannah Arendt. Tome premier, Ed. Fayard, 1999, p.91. Notes du 20 février 2009, du 17 novembre 2009, du 28 novembre 2009 & articles de presse /2009 |