Heinrich von Kleist (1777-1811) Né à Francfort-sur-l'Oder, le 18 octobre 1777 Suicidé à Wannsee, le 21 novembre 1811 |
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La correspondance de Kleist se lit comme un roman : le roman d'une vie. Rédigées dans une écriture serrée et penchée, ce sont presque toujours de très longues lettres où Kleist se livre dans un mélange de virulence et de naïveté. Génie polymorphe, il se révèle autant attaché à la philosophie qu'à la politique, aux sciences qu'au journalisme, au drame qu'au récit, à la gloire qu'à la solitude.
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"Il est bien plus grand et plus parfait que [Schiller]. Poète et dramaturge, Heinrich von Kleist a également participé à des revues littéraires. Il voyage dans divers pays d'Europe. Il écrit des nouvelles et des pièces de théâtre qu'il ne vit jamais représentées de son vivant. Il lance également plusieurs revues littéraires, qui restent éphémères. Soupçonné d'espionnage, il est incarcéré par les Français en 1807 pendant quelques mois au Fort de Joux. Il écrit une farce intitulée Sur le théâtre de marionnettes, La Famille Schroffenstein, des pièces de théâtre, des drames dont Le Prince de Hombourg - interprété par Gérard Philipe en 1951 en Avignon - ainsi que des nouvelles comme La Marquise d'O, adapté au cinéma par Eric Rohmer. Trop moderne pour son époque, il ne parvient pas à trouver son public. Dans ses Correspondances, des lettres qu'il écrit à ses amis ou à sa fiancée sur la littérature, la politique, Heinrich von Kleist se révèle un écrivain rêveur, passionné mais aussi un être déchiré, déçu, en mal de vivre. Dans Penthésilée, la reine des Amazones - une histoire tragique et charnelle - une tragédie sur la mythologie grecque, ce génie incompris mêle l'amour à la mort. Les critiques reconnaissent des similitudes très fortes entre le caractère tragique de la vie du poète et son œuvre dramatique. Après l'échec de sa dernière pièce, Le Prince de Hombourg, il se suicide à trente-quatre ans, dans l’île aux Paons (Pfaueninsel en allemand) sur le lac de Wannsee, près de Potsdam avec son amie Henriette Vogel qui est atteinte d’une maladie incurable ; il lui tire une balle de pistolet puis se tue. Il écrit à propos de cette jeune femme à sa cousine Marie : " Elle a bien compris que ma tristesse était un mal supérieur, profondément enraciné, incurable, et elle a décidé de mourir avec moi, bien qu’elle dispose des moyens de me rendre heureux ici-bas. " Sur sa tombe on peut lire un vers extrait du Prince de Hombourg : « Nun, o Unsterblichkeit, bist du ganz mein! » (Maintenant, ô immortalité, tu es toute à moi !) Sa Correspondance complète 1793 - 1811 Esprit tourmenté et violent, affligé d'une santé fragile, qui le jeta plus d'une fois dans la pire détresse, apparemment hanté sans cesse de difficultés sexuelles, Heinrich von Kleist mène la vie la plus heurtée qui se peut imaginer. Frustré de satisfactions sentimentales, maladroit dans l'action, il ne trouva que dans la création littéraire l'aliment dont sa fiévreuse ambition avait besoin. Mais, dans ce domaine aussi, il usa de malchance. Goethe, qui détestait l'art intempérant de Kleist, lui ferma beaucoup de portes. Jamais Kleist ne put voir représenter sur la scène aucune des pièces qu'il écrivit. La postérité, elle aussi, mit longtemps à le retrouver : il fallut attendre les années 1920 du XXe siècle et les temps de l'expressionnisme pour qu'on découvrit enfin son génie. Mais, depuis cette époque, on n'a plus guère cessé de voir en lui un des plus grands tragiques - le plus grand peut-être - des lettres allemandes. Stefan Zweig lui a consacré une biographie particulièrement psychologique dans l'ouvrage intitulé Le combat avec le démon paru en allemand en 1925. |
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