SÉNÈQUE

(4 av. J.-C. - 65 ap. J.-C.)

à Cordou

mort en 65 ap. J.-C.à Rome

Antonin Artaud préférait Sénèque aux tragiques grecs.

Robert Brasillach comparait Sénèque à Claudel et admirait "ces personnages paroxystiques."

Il fut le seul auteur tragique de l'Antiquité connu de la Renaissance ; c'est à partir de lui et non du théâtre grec qu'en Italie, en Angleterre, en Espagne et en France se formèrent les nouveaux poètes tragiques. T.S. Eliot : "Pendant la Renaissance aucun auteur latin n'était plus estimé que Sénèque ; dans les temps modernes peu d'auteurs latins ont été condamnés avec plus d'esprit de suite."

Les Italiens du trecento voyaient dans le roi Atrée de Thyeste la figure d'un tyran de Toscane ; pour les Hollandais persécutés à cause de leur foi, le massacre du peuple d'Ilion dans Les Troyennes était à l'image de la répression catholique contre les protestants. Tout son théâtre était lu comme un théâtre politique et polémique. La conséquence en fut que l'absolutisme monarchique mit fin à la tragédie d'inspiration sénéquienne dans toute l'Europe ; ce qui avait d'abord été une censure politique s'exprima ensuite dans un discrédit esthétique. En France, Sénèque est une victime du règne de Louis XIV. Quand Pierre Corneille publie une première fois sa Médée, en 1635, il se réclame explicitement de la tragédie de Sénèque ; après 1660, il ne sera plus question que d'Euripide. Racine se défendra d'avoir utilisé Sénèque pour écrire sa Phèdre en 1677 ; lui aussi se réclamera d'Euripide, pieux mensonge.

Le néoclassissisme, l'esthétique cartésienne, la philosophie de la nature ne pouvaient réhabiliter l'esthétique et la politique d'un tel auteur. Pour Hegel les poètes latins ne sont que des "Grecs ratés" et Lessing dans le Laocoon appelle les personnages de Sénèque des "spadassins en cothurne". Tous lui reprochent son manque de naturel. Les tragédies de Sénèque montrent des hommes qui franchissent les limites de l'humanité et se métamorphosent en héros monstrueux ; ils sortent de cette nature humaine qu'est pour les Anciens la civilisation. C'est pourquoi ce théâtre n'est pas psychologique mais véritablement tragique.

Définition classique de la tragédie
Etymologie : trag : bouc, edire : chant => tragédie : chant du bouc.

Plusieurs interprétations possibles :
Définition 1 : une cérémonie attachée au culte de Dyonisos (dont les fidèles sont souvent déguisés en satyres, moitié hommes et moitié bouc) ou bouc offert en sacrifice à Dyonisos lors de jeux en son honneur.
Définition 2 : mélange de chants et de dialogues qui imitent une action mythique située hors du temps et est un genre littéraire grec des IVème et Vème siècles av. JC. Trois grands noms de la tragédie de cette forme :
Eschyle, Sophocle, Euripide.
Définition 3 : sens classique donné au XVIIème : genre littéraire dans lequel les personnages sont prisonniers de passions destructrices, ils essaient de lutter en vain contre un destin inéluctable qui les mène à la folie ou à la mort. Le personnage est d’autant plus tragique qu’il a conscience de ses limites et de son impuissance (N.B. :
Médée n’est pas dans ce cas : son destin malheureux décuple ses forces pour lutter contre le destin tragique, mais elle n’y parvient qu’en sortant de l’humanité et s’accomplit dans un personnage mythique).

Définition par Florence Dupont de la tragédie romaine
La tragédie romaine permet au public romain le spectacle de la transformation d’un homme en monstre. Mot clef autour duquel se fait le récit : la furor. Tout héros tragique dans la tragédie romaine devient un furiosus pour accomplir le crime qui fera de lui un monster. Le héros doit choisir entre sombrer dans l'abjection ou combattre son malheur en demandant à la folie, le furor, les forces nécessaires. Ce furor lui vient de sa mémoire, personnelle ou familiale, elle lui offre des modèles héroïques et criminels, auxquels il s'identifie puis qu'il dépassera.
La furor est indissociable de 2 autres notions : la dolor (avant la furor) malheur surhumain sur le point d'anéantir le héros accablé, et le nephas (crime). Ce sont des catégories propres au théâtre (surtout les tragédies), non des termes empruntés aux passions quotidiennes. Le furor permet au héros de se retrouver en commettant un crime contre nature, le nefas, un crime contre l'humanité qui fera de lui l'égal des héros du passé, en le délivrant du dolor.

 
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