Alexandre Pouchkine

(1799-1837)

 

né le 26 mai/6 juin 1799, à Moscou

mort le 29 janvier/10 février 183, à Saint-Petersboug

André Markowicz explique la place de Pouchkine dans la littérature, la langue et la société russe.
Dostoïevski et Tolstoï sont des héritiers de Pouchkine, il n’y a pas un seul écrivain russe qui n’ait écrit à propos de Pouchkine : « en Russie, tout le monde trouve en Pouchkine de quoi parler de soi ».

Ce qui fait la différence radicale entre la perception de la poésie en Russie et en France, c’est qu'en Russie la littérature a permis de traverser la vie soviétique « laide, détestable et mesquine ».

Or Pouchkine est radicalement « intraduisible », non seulement parce que c’est de la haute poésie mais parce qu’il s’inscrit dans une expérience historique qu’on ne peut qu’imaginer sans se la représenter réellement. Connaître par cœur Eugène Onéguine a en partie permis à la mère d’André Markowicz de survivre au siège de Leningrad (1 million de morts) en supportant la famine grâce au souvenir précis des descriptions de repas dans Eugène Onéguine.

« La richesse de la poésie française s’est construite sur la rupture de la mémoire » (André Markowicz). En Russie, rien de tout ça : la volonté soviétique de construire un « homme nouveau » qui aurait oublié la « culture bourgeoise » a engendré une société non humaine face à laquelle la mémoire a trouvé refuge dans la poésie, qui était « la seule chose vivante, humaine, partageable. Tout le monde avait en commun la poésie et Pouchkine ».

A travers toute l’histoire russe, il y a une unité incompréhensible entre la poésie de Pouchkine et la langue russe. Pour André Markowicz, on ne peut qu'imparfaitement comprendre la portée, la lumière de cette poésie : « la traduction, c’est un chemin vers ce qui ne peut plus être traduit ».

Lien

« Je vous jure sur mon honneur que pour rien au monde je n'aurais voulu changer de patrie,
ni avoir d'autre histoire que celle de nos ancêtres, telle que Dieu nous l'a donnée.»
Lettre de A. Pouchkine chez A.Tchaadaev. 1831

Issu d'une noblesse très ancienne par son père, plus récente par sa mère (petite-fille du prince abyssin Hannibal, filleul de Pierre le Grand), Pouchkine entre au lycée impérial de Tsarskoïe Selo en 1811. Il publie ses premiers vers signés d'un anagramme dans le Messager de l'Europe, en 1814. Sa réputation de poète est déjà établie lorsqu'il quitte le lycée en 1817. Pouchkine, attaché aux Affaires étrangères, fréquente alors l'Arzamas, cercle littéraire et révolutionnaire analogue au Cénacle romantique, dont il devient rapidement le chef. Il mène une vie de désordre et de dissipation. Sa Gavriliade, poème antireligieux et érotique, lui vaut d'être exilé sur les bords de la mer Noire (1820); il en profite pour lire beaucoup, découvre Byron qu'il introduit en Russie – on en sentira l'influence dans les Tziganes, poèmes romantiques écrits en 1824 –, s'émerveille du spectacle de la nature, qui laissera de nombreuses traces dans son œuvre en vers et en prose (le Prisonnier du Caucase). Il se passionne un temps pour l'hétairie (le mouvement national hellène) et songe à s'y engager. Après avoir publié, en août 1820, Rouslan et Lioudmila, il adhère, le 4 mai 1821, à la loge maçonnique de Kichinev (qui sera dissoute en décembre), puis commence, le même mois, la rédaction de son célèbre roman en vers Eugène Onéguine (qui deviendra un opéra sur une musique de Tchaïkovski).
Cependant, sa conduite à Odessa (la police secrète a intercepté une lettre à un ami dans laquelle Pouchkine parle de son penchant pour l'athéisme, crime capital aux yeux d'Alexandre Ier) et ses attaques contre le gouverneur (dont il courtise la femme) le font reléguer dans la propriété familiale de la province de Pskov, où il demeure jusqu'en 1826. Il termine son drame Boris Godounov (dont Moussorgski tirera un opéra) au moment même où éclate et échoue à Saint-Pétersbourg, après la mort d'Alexandre I, la tentative de coup d'État (le 26 décembre 1825) pour tenter d'imposer un régime de monarchie constitutionnelle.
Apprenant que presque tous ses amis sont arrêtés et interrogés comme décembristes (il y aura 5 exécutions capitales et 120 déportations en Sibérie), Pouchkine craint pour lui-même et détruit de nombreux papiers, notamment tout le début de son autobiographie. Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1826, il est conduit par exprès (sur ordre du nouveau tsar, couronné le 22 août) à Moscou : Nicolas I le reçoit le 8 septembre, le confesse et s'institue personnellement son «censeur». Pouchkine est alors autorisé à séjourner à Moscou sous la surveillance de Benkendorff, chef du corps des gendarmes. Celui-ci présente Boris Godounov au tsar en décembre 1826.
De cette période datent les poèmes narratifs Poltava (1828) et le Cavalier de bronze (1833), à la gloire de Pierre le Grand, des nouvelles d'une technique parfaite, dont le Maître de poste, contenue dans le recueil des Récits de Bielkine (1831), ou encore le roman historique la Fille du capitaine (1836).

Mais le poète délaisse les questions sociales et politiques pour les études historiques (le Nègre de Pierre le Grand). En dépit de ses nombreux démêlés avec les critiques, avec Benkendorff et le tsar, il crée une revue « politique et littéraire », le Contemporain (1836), jugée « superflue » en haut lieu, et obtient l'accès aux archives et bibliothèques d'État pour préparer une Histoire de Pierre le Grand. Entre-temps, il épouse Natalia Gontcharova, âgée de dix-huit ans, en février 1831, publie l'ensemble d'Eugène Onéguine (1833), écrit l'Histoire de Pougatchev (1833) et la Dame de pique (1834), où s'entrelacent romantisme fantastique et réalisme psychologique. Accablé par les soucis d'argent, par la vie de cour et de salons, il sollicite une aide financière, que lui accorde Nicolas I : 30’000 roubles à valoir sur son traitement, et un congé de six mois. Il se retire à Mikhaïlovskoïe. Mais la maladie de sa mère l'oblige à revenir à Saint-Pétersbourg. Le 4 novembre 1836, Pouchkine reçoit un factum anonyme insinuant qu'il doit les faveurs de Nicolas Ier aux complaisances de sa femme.
La jalousie du poète ne cesse de croître. Il adresse une lettre d'insultes au baron de Heeckeren, ambassadeur de Hollande et père adoptif du baron Georges d'Anthès dont les assiduités auprès de Natalia Pouchkine étaient connues des salons : le duel est inévitable. Le 27 janvier 1837, Pouchkine est mortellement blessé au ventre par d'Anthès. Informé, le tsar lui envoie un message, l'exhortant à mourir en chrétien.

Pouchkine peut être considéré comme le premier grand poète russe, le plus classique par le sens de la forme, la sobriété et l'équilibre. Le charme qu'exerce son œuvre poétique est dû à la qualité harmonique de ses vers qu'aucune traduction ne peut rendre. Il est de ceux qui ont fixé la langue littéraire russe. Des écrivains aussi différents que Dostoïevski et Maïakovski lui ont rendu un éclatant hommage.

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